dimanche 26 mai 2013

Une journée avec Dominique Paquet



Mercredi 22 mai 2013


Une journée avec Dominique Paquet

14h, Maison des Auteurs, rue Ballu à Paris. 

Quel plaisir de voir autant de jeunes au café de la Maison des Auteurs ! Ce lieu habituellement si feutré grouille de collégiens et de lycéens venus assister aux restitutions des ateliers animés en Ile-de-France par des auteurs EAT. J’y retrouve Dominique Paquet, qui arrive tout juste de Cergy où elle a animé un « café-philo » sur le thème de la vengeance auprès de deux classes de SEGPA. « L’un des élèves avait des points de suture, me dit Dominique, il voulait se venger de ce qui lui était arrivé. » Les élèves insistent souvent sur la nécessité de la vengeance. Dominique les invite à se poser des questions et à remettre en perspective la relation à l’Autre. « Faut-il que les pays anciennement colonisés se vengent de ce qu’ils ont subi pendant la période coloniale ? » ou encore « Mon oncle est mort pendant la guerre. Dois-je me venger ? » A l’énoncé de ces questions, je m’interroge moi-même, furtivement, sur la place que tient la vengeance dans ma vie. Bon… Je me garde bien d’aller plus avant dans l’introspection et me tourne vers Dominique : D’où te vient ce goût pour la philosophie ? La réponse fuse : « De mon père. Il était très raisonnable. » 

Comédienne, auteure, universitaire, philosophe, ancienne Secrétaire Générale du Théâtre National de Bordeaux Aquitaine, actuelle déléguée générale des Ecrivains Associés du Théâtre (EAT) depuis 2004, co-directrice de l'Espace Culturel Boris Vian des Ulis… Dominique est une touche à tout dont j’admire la grande capacité de travail. « C’est une question de concentration et d’organisation, me répond-elle. Et puis c’est un destin : ne pas être toujours au même endroit. » Et sur le mode de la plaisanterie : « Il y a beaucoup de choses que je ne fais pas ; je ne fais pas de couture, pas de sport, je ne magasine pas tant que ça non plus... » Et pour conclure là-dessus : « J’ai une énergie d’action terrible, c’est comme si j’étais sous amphétamine sans en prendre. »  Voilà qui promet pour cette Journée avec Dominique Paquet, je vais devoir suivre le rythme ! 

La journée sera avant tout EAT. La restitution des ateliers cet après-midi et un Question de théâtre sur les relations auteurs-metteurs en scène ce soir. Collégiens, lycéens, professeurs et auteurs, nous descendons tous dans le petit théâtre de la Maison des Auteurs. Nous sommes accueillis par Louise Doutreligne, Présidente des EAT, qui nous rappelle que « L’Art sert à transformer la vie » puis les présentations d’ateliers s’enchaînent. Nathalie Rafal et Bruno Allain lisent une scène écrite par des collégiens, qui décrit la rencontre entre Fatima, femme de chambre du XXIème siècle et Philippe de Vertec, chevalier du Moyen-âge. La rencontre est cocasse et les personnages vont droit au but, le public rit et quelqu’un dit « Ça va vite ». J’entends Dominique commenter : « C’est ce dont on rêve tout le temps, que ça aille vite ». Je ne l’interroge pas sur cette phrase énigmatique, mais sur le sens de son engagement aux EAT :

« C’est un combat militant – Le développement de l’écriture contemporaine et la défense du statut de l’auteur – une mission qui m’a permis de m’inclure dans un groupe de réflexion et d’action politique. Nous avons été en partie entendus et nous avons eu de belles réussites : le Théâtre du Rond Point, la mise en place de résidences d’auteurs dans les villes, la formation des auteurs enfin reconnue… » Des échecs ?  Dominique me répond tout de go : « L’échec, c’est qu'il y a encore trop peu d'auteurs qui voient leurs pièces montées de leur vivant. Seuls 8% des auteurs jeune-public sont édités et montés (chiffre cité par Nicolas Faure, dans son ouvrage sur le jeune public). Et puis, actuellement, beaucoup de choses périclitent, à commencer par l’éducation artistique. »

C’est vrai. Les ateliers artistiques sont menacés et ce n’est pas le moindre des dégâts collatéraux de ces coupes budgétaires provoquées par la crise. Quand on voit la qualité du travail qui nous est présenté aujourd’hui et la fierté des élèves qui ont travaillé avec Alain Bellet, Julien Daillère,  Sabine Revillet ou Ouarda Zerarga, on se dit que décidément tous les élèves devraient avoir accès à ce genre de projets, qui participent à la construction de l’individu, à l’enrichissement de son imaginaire, à la mise en place de son sens critique. En transformant la vie, l’art permet aussi aux individus de devenir des citoyens. Mais on coupe dans les budgets et ce manque de moyens donne envie de hurler... Voilà qui nous ramène au thème du cri, développé par Bruno Allain, qui lit avec Dominique quelques dialogues écrits par des élèves de Guyane :
-       Bon alors tu me suis ?
-       Barre-toi avec tes disquettes !

Au café du coin de la rue, je poursuis ma conversation avec Dominique : au milieu de toutes ces activités, trouves-tu le temps d’écrire ? 
 
« Pas autant que je le voudrais. Mais j’ai moins besoin d’écrire qu’avant. Il y a différents âges de l’écriture, on ne peut pas écrire tout le temps… A un moment de ma vie d’écrivain, est venu le temps de prendre de la distance, de rendre à la communauté ce qu’elle m’avait donné. J’ai besoin d’être sur le terrain. C’est mon côté Fantômette, explorer le terrain à tout prix, casser la solitude de l’auteur, qui est pesante. Il faut aller voir dehors, pour ne pas toujours tourner autour de son nombril, pour ne pas faire parler les puces du bois… »
C’est le sens de ton poste de co-directrice de l'Espace Culturel Boris Vian des Ulis ?
« La co-direction des Ulis me rapproche d’un territoire que je connais bien. C’est intéressant d’être présent politiquement, de développer les rapports au public, de permettre à des artistes de tourner… Evidemment, cela me happe, m’empêche un peu de me retrouver avec moi-même pour écrire. »

L’écriture, c’est un travail sur soi ?

 « Oui. C’est aller à la recherche du traumatisme vital qui a provoqué le désir d’écrire. C’est de ce traumatisme que sourd l’écriture. C’est une matière originelle. Au fil du temps on la retrouve. J’ai beaucoup souffert de solitude. J’ai voulu m’en extraire en explorant le monde. Je me suis donnée des injonctions de voyages, aller du nord au sud, d’est en ouest, traverser l’Atlantique, aller en Mongolie, prendre le Transsibérien. Je l’ai fait. J’ai écrit sur l’Atlantique, je viens de terminer une pièce sur la Mongolie et la Russie, La curiosité des marmottes, écrite dans le cadre du projet Partir en écriture, mis en place par le Théâtre de la Tête Noire de Saran… »

Quelle est ton actualité d’auteur ?

« J’écris une pièce pour Jean-Marie Broucaret et le Théâtre des chimères. C’est une pièce sur un simple d’esprit, que j’écris au bord du plateau. Elle sera montée en 2014, si tout va bien. »

Des projets ?

« J’ai un projet avec Michelle Brûlé sur les femmes dans la guerre de 14. Et puis j’aimerais faire quelque chose de toute la documentation que j’ai accumulée, écrire un ouvrage de référence sur le théâtre et la philosophie, sur la philosophie de l’acteur. »

L’heure tourne et je laisse Dominique relire quelques instants ses notes pour le Question de théâtre qui va bientôt débuter dans les salons de la SACD. Une dernière question, avant de la laisser présenter les invités et modérer le débat : nous allons parler des rapports auteurs-metteurs en scène, quels sont les metteurs en scène avec lesquels tu aimes travailler ?

« Patrick Simon bien sûr, nous avons une telle complicité, il commence une phrase et je la termine, ou l’inverse, Jean-Marie Broucaret, Véronique Durupt, Jean-Claude Gal, Cécile Tournesol, qui a fait une très belle mise en scène de ma pièce Les échelles de nuage. Le dialogue auteur-metteur en scène est fondamental, il permet de verbaliser les impasses d’écriture, c’est une rencontre à la fois humaine et artistique. »

Il y a du monde dans les salons de la SACD. La qualité des intervenants attise la curiosité de tout un chacun. Dominique présente les enjeux du débat et les invités du jour, soit trois duos d’auteur-e-s-metteur-e-s en scène, Gilles Granouillet – François Rancillac, Françoise du Chaxel -  Sylvie Ollivier, Stéphan Wojtowicz – Panchika Velez. Sophie Proust, maître de conférence, intervient également dans le débat. 

Au cours de la soirée, sont évoquées les notions de respect de l’œuvre, de l’engagement du metteur en scène à défendre  une écriture, des éventuels conflits artistiques, qui tournent souvent autour de la question de savoir quelle œuvre on diffuse, celle de l’auteur ou celle du metteur en scène. Je pense à cette très belle phrase d’Enzo Cormann, qui présente l’art de l’auteur comme étant celui de l’effacement…l’auteur étant contraint de laisser son travail entre les mains du metteur en scène. Ce à quoi François Rancillac semble opposer son propre effacement devant la langue de l’auteur. « Je suis au service d’une écriture, dit-il. Je ne suis rien sans l’auteur, sans les comédiens. C’est un travail d’équipe… »

Cette Journée avec Dominique Paquet  se termine dans le salon d’hiver de la SACD. Dominique y retrouve une amie de longue date, Marie-Françoise, qui se définit comme une spectatrice Lambda : « En fait, les auteurs d’aujourd’hui, on ne les connaît pas, me dit Marie-Françoise. Je suis très admirative, poursuit-elle, car vous travaillez dans l’ombre. Lorsque je vais au théâtre, c’est sur le nom des acteurs, parfois sur celui du metteur en scène, rarement sur celui de l’auteur. Il faudrait qu’on vous connaisse un peu plus… »

Nous nous quittons. Je prends le RER. Je laisse vagabonder dans ma tête ces noms de philosophes et de romanciers dont Dominique m'a parlé avec beaucoup d'admiration tout au long de cette journée : Jacques Rancière, Ruwen Ogien, Virginia Woolf, Henry James, Thomas Mann, Kafka, Ernst Weiss, Pierre Bayard, Muriel Cerf... jolis compagnons de nuits à venir. Dominique, quant à elle, est déjà dans l'organisation des jours à venir. Au programme, deux cafés-philo, l'un sur Spinoza, l'autre sur le thème du Courage, dans une maison de retraite. "J'aime rencontrer tous les âges."
Et puis aussi : 

"Je voulais avoir plusieurs vies." 

                                                                                                                                        Luc Tartar


mardi 26 février 2013

Une journée avec Bruno Allain


 Samedi 23 février 2013, 9h, gare de Lyon.

"Je t'attends" - "J'arrive"

C'est par cet échange de sms que débute cette Journée avec Bruno Allain. Bruno revient de Lyon, où il a vu la veille une représentation de Cuir l'une des pièces de Quand la viande parle (Editions Les impressions nouvelles). Je l'attends sur le quai, heureux de le retrouver et de le suivre dans cette journée marathon au cours de laquelle vont se côtoyer le théâtre, l'écriture, la lecture et les arts plastiques.

Je suis là. Voie D. Mes yeux passent rapidement d'un voyageur à l'autre. Où est-il ? J'ai hâte de vivre ces quelques heures dans son sillage. Quelle est son actualité, à quoi ressemblent ses journées ? Je ne vais pas tarder à le savoir, le voici qui s'approche, souriant, je brandis mon appareil, clic-clac, c'est dans la boîte.

Je suis crevé, me dit-il
Son oeil pleure - il fait froid
Son oeil rit

Alors, Bruno, tes impressions ?
Il comprend la question et enchaîne très vite sur son ressenti d'auteur-spectateur qui a assisté la veille à une de ses pièces au Croiseur, à Lyon : "Les comédiens sont jeunes. Ils ont compris qu'il faut y aller. Ça démarre et Schlack."
Et il accompagne le mot d'un geste de la main qui fend l'air devant lui.

Direction le cinquième arrondissement. Bruno doit récupérer sa voiture pour aller au Lycée horticole de Montreuil. Sur le trajet, il revient sur le spectacle de la veille et me parle avec chaleur de cette jeune équipe de comédiens emmenés par Céline Bertin, de la compagnie Organe Théâtre. Ils ont fait "irruption dans le bazar", à savoir qu'ils ont joué dans le hall du théâtre, à proximité immédiate des spectateurs, sans psychologie, "mettant les gens là où ils ne s'attendent pas à être".

A l'arrêt de bus, nous croisons une dame de noir vêtue, qui tient un livre dans ses bras, contre sa poitrine, tandis qu'elle téléphone. J'aperçois le titre du livre, Les monstres de Sénèque, de Florence Dupont. Analyse de la dramaturgie romaine, qui trône dans ma bibliothèque.

Nous montons dans le bus. Bruno poursuit : "C'était périlleux, il n'y avait pas de rapport scène-salle, mais cette attaque, cette expression immédiate de la pulsion, cette proximité avec les spectateurs... les gens ont adoré."

J'écoute attentivement, tout en surveillant cette femme au livre qui s'est assise derrière Bruno. Elle est au téléphone. Je l'entends dire "Faut pas pousser mémé dans les orties." De la tragédie antique à mémé, le raccourci me plaît...

En descendant du bus, j'interroge Bruno sur les raisons qui l'ont poussé à aller jusqu'à Lyon à la rencontre de cette compagnie. "Ils sont jeunes. Si je peux leur apporter un coup de main... Et puis j'y vais parce que ça m'intéresse." Et comme je réagis sur le travail que ça représente : "J'adore passer d'une chose à l'autre. Même quand je suis dans des périodes de créativité perso, j'aime passer d'une discipline à l'autre." Cette journée marathon en est un bon exemple !

Chez Bruno. Nous avons un quart d'heure devant nous avant de prendre la route de Montreuil. Il vide son sac, choisit des livres dans sa bibliothèque pour l'atelier de l'après-midi aux Ulis, avale un café, interroge rapidement son répondeur, ne comprend pas l'un des messages, se tourne vers moi : "Ça arrive souvent. Je suis en tête de liste, les gens marchent dans la rue, appuient involontairement sur une touche et sur mon répondeur ça fait Schifff schifff..." Nous rions. Bruno Allain aime les onomatopées. Auteur Schifff-Schlack, qui parle avec les mains, aime quand ça claque.


Dans l'ascenseur. "Ah, je suis dégueulasse !" dit-il en regardant ses mains.

"Sur la table de nuit, à Lyon, dans la collocation où j'ai passé la nuit, il y a avait Manque, de Sarah Kane. Je ne l'avais pas lue, cette pièce. J'ai lu dans un état second, en enchaînant les répliques, pour la musique des mots, sans chercher à comprendre. Ça fait du bien aussi."

Dans les sous-sols du parking. Quels sont les auteurs qui te font battre le coeur ?

Formulation un peu étrange, qui m'est venue comme ça. Bruno, ça lui va, il enchaîne et cite avec gourmandise Shakespeare, "c'est foisonnant, complexe", Gabily, Azama, Koltès dont la pensée obsessionnelle le séduit au point de faire de ce lancinement poétique un thème de travail de ses ateliers d'écriture. Il évoque son intérêt pour les structures en "cercles et en déplacements", cite Le boléro de Ravel puis revient sur la notion d'attaque avec cette merveilleuse réplique de Fak à Claire dans Quai Ouest, "Tu es venue jusqu'ici maintenant passe là-dedans". "Michel Vinaver dit que le théâtre est un combat", rappelle Bruno.

Au volant, tandis que nous roulons vers le Lycée d'horticulture de Montreuil, Bruno traduit sa passion pour les auteurs, pour l'écriture et pour la langue, par une phrase bien à lui : "Il y a des textes qui te... (claquement de doigts)". Je vois à peu près ce qu'il veut dire...


  "Dans La fleur à la bouche, de Pirandello, le personnage, persuadé de sa mort prochaine, regarde le monde autrement, avec avidité, émerveillement. Pour moi, c'est la condition sine qua non de l'écriture, l'émerveillement, la capacité à  s'empassionner du monde, à le regarder, le critiquer, le retourner comme un gant."
Tu te sens dans cet état là ?
"Moi ? Oui, plutôt. Plus j'avance, plus la critique qu'on pourrait faire du monde me paraît réductrice  par rapport à l'émerveillement. Michel Azama parle du désenchantement du monde. La dénonciation d'un certain nombre de choses dans le monde d'aujourd'hui est un passage obligé mais ce dont j'ai envie de débattre, c'est de la bataille de chacun d'entre nous pour essayer de changer le monde."

"Pour faire la révolution, il faut être émerveillé."

"Quand j'étais môme, j'étais goulu du monde. La nature, les animaux... Adolescent, ce furent Les autres. Pour travailler mon bac, j'étais au bistrot, je travaillais les Annales parmi les autres. Le bistrot est un lieu d'émerveillement absolu. J'y vais souvent pour écrire. Je suis avec le monde, pas isolé dans une bulle. J'entends ce qui se passe, ça me donne une impulsion nouvelle."

"Picasso disait 'Je ne cherche pas, je trouve.' Lorsque l'inspiration s'arrête, Picasso plonge dans la palette et jette sur la toile. Ensuite, ça redémarre. Je suis incapable de rester scotché devant mon ordi, j'ai besoin de me sortir de la cellule."


Porte ouverte au Lycée d'horticulture et du paysage de Montreuil. Bruno y anime des ateliers d'écriture depuis trois ans, auprès d'élèves en classes préparatoires. L'atelier s'intitule "Du paysage au visage". Il s'agit de mettre en mots la relation entre le paysage et celui qui l'habite.

Bruno instaure avec les élèves un rapport de confiance. Tout à l'heure, ils vont lire leurs textes en public, dans les serres du lycée. Tandis que Bruno répète avec une partie d'entre-eux - "Respire, prends ton temps..." - j'interroge les autres sur leur intérêt pour cet atelier. Qu'est-ce qu'ils en retiennent ? Qu'est-ce que ça leur apporte ? Pour Louise, "Ici c'est sans complexe, pas besoin de faire bien, juste besoin d'essayer." Pour Baptiste, "Travailler avec Bruno apporte une sensibilité, une vision différente de l'écriture, il nous donne des outils." Et comme en écho, j'entends Bruno qui conseille Manon et Solène : "Etre précis, concis, concret." Et cet autre conseil pour la lecture, très beau : "Il suffit de penser de s'adresser à la personne qui est le plus loin de toi."

Avec Baptiste et Philippe
Avec Louise
Avec Solène 

Et s'il fallait résumer l'atelier d'écriture en un mot ? "Stimulant" pour Philippe
"oser" pour Aurianne
"découverte" pour Yolène
"récréatif" pour Baptiste
"posé" pour Louise
"être soi-même" pour Chloé
 "voyage intérieur" pour Manon.




Lire en public, dans une serre, parmi les fleurs...




Midi. Sandwich rillettes-cornichons au "Régal de Vincennes"...
Qu'est-ce que tu écris en ce moment ? Bruno poursuit un travail d'écriture au long cours. Son texte Perdus dans l'immensité en est à sa troisième saison d'écriture. Bruno a pour objectif d'écrire à partir de chacun des cent articles du journal Le Monde daté du 1er février 2008. Projet ambitieux et dont il a terminé les deux premières "saisons" : "Tu trembles", et "Eblouissements". Ecrire une saga. Quel formidable élan de création en ces temps de zapping déprimant !

La dernière étape de cette journée se déroule aux Ulis. Bruno, à la demande de l'Espace Culturel Boris Vian, anime un atelier de dessin qu'il a intitulé "Visage inattendu". Il s'agit d'un travail sur le portrait, sur l'ombre et la lumière, sur la déstructuration de la vision académique du visage.

Elles sont cinq aujourd'hui. Cinq femmes qui se connaissent un peu, c'est leur quatrième séance. L'une d'elle se tourne vers moi : "C'est la première fois ?" Euh... oui. Bruno distribue le matériel, donne un dernier conseil "Faites abstraction de la ressemblance. Dessinez ce que vous voyez." et les choses sérieuses commencent. Bruno pose. Je prends des photos. L'atmosphère est sérieuse et concentrée, on ne peut pas en dire de même de moi, qui souris fébrilement lorsque je me mets à poser. N'empêche, je suis bluffé par les résultats et par ces coups de crayons joliment débridés.

"Prolongez les traits, lâchez le mouvement..."


Galvanisé par toute cette créativité, je saisis un crayon et tente moi aussi de crobarder comme dit Bruno. Nicole pose. Je dessine. Euh, bon, franchement, le résultat fut médiocre - pardon Nicole - mais on a bien rigolé (enfin, bon, surtout les autres...). La séance se termine par des portraits en couleur, exécutés de manière très rapide, en une dizaine de minutes, pas plus. Pas mal de réussites autour des tables et je trouve magnifique cette façon de rendre l'énergie d'un visage en quelques traits. 

Il neige sur le chemin du retour. La journée fut dense et nous sommes fatigués. Bruno revient sur le plaisir qu'il a à travailler avec des jeunes. "Ils sont dans la dynamique, pas dans le regret ou dans la comparaison car ils n'ont pas de référent. Leur référent, c'est ça, faire avec le monde."

Une dernière évocation des projets, une commande de la compagnie Pipasol sur l'esclavage moderne, une carte blanche à la Piscine de Chatenay-Malabry, et en tant que comédien, la création de la pièce Ste de Sabryna Pierre, dans une mise en scène de Marie-Christine Mazzola, et nous nous séparons sur un trottoir du cinquième arrondissement.

Ainsi se termine ma Journée avec Bruno Allain, auteur de terrain, auteur tout-terrain, goulu du monde et en capacité d'émerveillement permanent. Quel plaisir d'être dans le sillage, dans l'énergie, dans les mots de l'autre, de vivre dans ses pas. Une journée marathon, journée coup de vent. Shhhhhhhh...


 Luc Tartar

Pour en savoir plus : http://www.brunoallain.blogspot.fr/

jeudi 21 février 2013

Une journée avec...

Une journée avec...

Un focus sur chacun des membres du G5
Une journée passée avec chacun d'eux
Un journal de bord de la journée
Le point sur l'actualité, les projets en cours ou à venir
Un petit portrait
L'auteur
Son écriture, ses démêlés, ses obsessions
Journée type ou exceptionnelle
Journée avec !


Le premier qui s'y colle, c'est Bruno Allain
Samedi 23 février, dès 9h du matin
Impressions à chaud de l'auteur qui revient de Lyon
Où était jouée la veille "Quand la viande parle" (j'adore ce titre !)
Alors Bruno, c'était comment ?
Déjà 10h, le Lycée horticole de Montreuil
Porte ouverte
Des élèves lisent en public des textes écrits en atelier
14h, Les Ulis
Atelier d'Arts plastiques, "Visage inattendu"
Bruno, auteur caméléon
Plus d'une corde à son arc
Journée avec Bruno Allain
Journée marathon !

Rendez-vous bientôt pour le compte-rendu de la journée !

Luc Tartar



dimanche 8 avril 2012

Formation à l'Esperluette

Fin mars début avril 2012, nous avons proposé à quelques stagiaires de suivre une formation à l'Esperluette, sente des dorées, Paris 20ème : comment, en partant de l'actualité, d'un article de journal, en vient-on à écrire une pièce de théâtre ? Chacun de nous 5 a en effet ses centres d'intérêt, ses motifs d'inspiration, ses moteurs d'écriture, ses outils, ses méthodes : c'est tout cela que nous avons partagé, les uns et les autres successivement, aux apprentis dramaturges.
+ d'infos / proposition de chaque auteur > cliquer ici 

jeudi 16 février 2012

Mars 2012 : rencontres à Paris

2 rendez-vous pour nous retrouver, sur Paris, en rencontre-lecture-signature :
- le vendredi 9 mars à 18h15 à la Librairie théâtrale, rue de Marivaux, Paris 2ème : nous lirons des extraits de nos dernières parutions et serons disponibles pour dédicacer les ouvrages que vous souhaiteriez vous procurer à la librairie.
- le samedi 10 mars à 15h à la bibliothèque Oscar Wilde, rue Saint Fargeau, Paris 20ème : "Enfance d'une oeuvre" : chacun de nous choisit, dans une de ses oeuvres, le passage par lequel il a commencé l'écriture de son oeuvre ; il raconte la genèse de celle-ci. Et cerise sur le gateau : nos premiers écrits, nos premiers émois, nos premiers pas dans l'écriture... entre poésie et théâtre, enfance et âge adulte... + d'infos : cliquer ici

vendredi 18 novembre 2011

Librairies

Où trouver nos livres ?

... dans toutes les bonnes librairies, bien sûr !
En particulier pour les Parisiens : la Librairie théâtrale 3 rue de Marivaux dans le 2ème (01 42 96 89 42), la librairie du Rond Point, dans le Théâtre du même nom - dans le 8ème, donc -,  la librairie Le Coupe-Papier au 19 rue de l'Odéon dans le 6ème... Pour les Nordistes, la librairie Dialogues Théâtre, 34 rue de la Clef à Lille...
Certaines bibliothèques tentent de proposer un stock exhaustif des publications dramatiques. Citons les excellentes Bibliothèque Armand Gatti à la Seyne-sur-Mer (83), la médiathèque de Saint-Herblain (44), la médiathèque de Vaise à Lyon, et enfin la bibliothèque Oscar Wilde à Paris.

mercredi 7 septembre 2011

Formation avec le G5

Le G5 et l'Esperluette s'unissent cette année ensemble pour proposer une sensibilisation à l'écriture dramatique. Ce sera fin mars début avril 2012, sur deux semaines, en journée. Merci aux personnes intéressées de contacter l'Esperluette : http://www.lesperluette-en-scene.com/
+ d'infos sur le G5 : cliquer ici

Le G5 en ouverture de saison

Vendredi 9 septembre à 19h, RV au Centre Culturel Boris Vian des Ulis (91) pour la présentation de la saison 2011/12 par le groupe 3.5.81.
Et au programme, de l'écriture en direct par les auteurs du G5, qui liront des textes tout frais tout chauds inspirés par la soirée et la saison... des amours !
Réservez via le site : http://www.lesulis.fr/?id=44
Quelques photos souvenirs de cette mémorable soirée qui a vu le G5... s'envoyer en l'air ! Et peu à peu viennent ici s'inscrire les textes, écrits une heure durant, à quelques mètres du sol, tandis que la saison s'égrenne sur écran et sur plateau... Des textes écrits au débotté, en direct, et que nous mettons en ligne de manière temporaire.

Dominique Paquet



Texte de Natacha :

La saison des amours est souvent la cinquième
La sans-place, la hors-temps
Celle dont on rêve de se couvrir en hiver
Celle qui percerait de vent l’épaisseur des étés
Celle qui, dans les automnes, récolera les feuilles perdues
On en rêve. Et parfois elle vient
S’allume. Et puis s’éteint
Petite fée aux allumettes qui marche avec nous dans nos bottes
et parfois trempe de pleurs le douillet de nos chaussettes
L’amour est une saison bascule,
un tour de cirque,
une pente de glace  à étourdir les canards en plastique de la Nasa
qui au moins, ceux-là, égarés dans le même sens d’attraction
ont une chance de s’effondrer les uns contre les autres
au fond d’une crevasse
Mais la rencontre, à l’amour suffit-elle ?
de se frotter le nez l’un contre l’autre, et de se trouver beaux ?
Non ! L’instant T nous guette tapis terré terrible dans un coin du paddock
Animal, animaux, à l’âme en lame
animés de guerroyements,
on montre patte blanche
avant que de sortir les griffes.
L’amant des premiers jours te caresse des ses cinquante doigts
Jusqu’au jour où il devient manchot
Fini les sonates sur tes touches
le voilà devenu ours en pleine nuit
-8760 heures chéri, que nous n’avons pas ri ! C’est drôle non ?
-Pas si drôle que ça…
-Mais veux-tu bien encore recoudre mon pantalon
à la lumière éteinte de nos soirs épuisés ?
Là il faut répondre :
-Non !
Je vous ordonne de répondre Non
Lui déchirer un peu plus son pantalon,
et partir en Alaska, for ever
Même si l’on ne prend qu’un studio à l’autre bout de la rue
Il faut remettre de la grandeur dans l’amour
Et si on n’a pas su le faire pendant
(et on ne l’a sûrement pas fait pour en être arrivés là…)
mettre absolument de la grandeur dans ses adieux,
du kilomètre, de l’extravagance
Et pas se demander si on a jeté assez de sel dans le riz toutes ces années !
Dire
-Moi je pars en Alaska. L’un de nous reste. Et c’est toi. 
Et recommencer à croire qu’on peut encorder son cœur sans se pendre,
à Roméo ou à Juliette
Toujours et encore
En toute saison
Les Ulis
9 septembre 2011






Texte de Laurent : Expédition Paddock
Quelques mots inspirés par le spectacle programmé…

Quand j’étais au collège, en fin de troisième, je suis allé en voyage linguistique chez mon correspondant allemand en Bavière. A Regensburg, Niederbayern. J’ai passé un été merveilleux là-bas, merci – et notamment je me souviens que le premier jour, après douze heures de train et une heure de voiture, quand j’arrivai dans le petit chalet aux géraniums si caractéristique de ces contrées supra-tyroliennes, à peine ouvert la porte d’entrée, voilà qu’une jeune fille d’une vingtaine d’années et de près de deux mètres s’avança vers moi, me tendit la main et me lança, tel un défi : « Hallo ! Olli ! »
Je trouvais ça rapide.
La blitzkrieg j’avais été briefé, le blitzpaddock pas encore : j’étais ingénu.
En fait c’était son nom. Elle s’appelait vraiment Olli et c’était la grande sœur de mon correspondant.
Mais je m’égare.
La « saison des amours ».
La saison des amours…
Pourquoi des amours ? Si l’amour se conjugue au pluriel, est-ce à dire qu’il se désaccorde au singulier ? Mais pourquoi dans ce cas parlerait-on des « amours singulières » ?
Mais si, on parle des amours singulières : moi par exemple… Mais je m’égare.
Donc nous passons des sortilèges en 2010 aux amours en 2011… Des philtres aphrodisiaques concoctés par des nymphettes en des forêts lointaines, aux filtres des mégots écrasés dans le cendrier et qu’il faut vider le matin, au saut du lit : tu m’ensorcèles, tu m’ensoleilles, tu m’énamoures, tu m’escarmouches, tu m’escamotes, tu mets tes bottes (laiiiiissons laissons eeeeentrer les orteils), tu m’ensommeilles, le soleil a rendez-vous avec la lune et la lune le sait très bien, la nuit tous les draps sont pris, tous les bras sont mis, tous les gars s’oublient, les filles aussi, tu m’encorbeilles dans ta vallée des merveilles.
Hé oui : c’est dit ; tu me ravis au lit, l’amour j’en suis friand, même si je sais qu’on doit garder la ligne, ta ligne de corps elle me va bien tu sais, pour elle je serai premier de cordée à l’instant T, un pianiste à cinquante doigts tu verras tu verras, je te jouerai un opéra vinyle, une fantaisie latex, une sonate ininterrompue, 8760 heures pourquoi pas, tout est open, à la fois homme, animal, moi et mes chevaux, futur et no futur, total présent, fatal picard oh boy ! la nuit tous les ours sont gris quand ils voient tes nonos faire leur cirque.
Mais jeux m’égarent : souvenirs de combats dans l’arène, de batailles d’oreillers aussi (moyen, les plumes, quand on est asthmatique), colonies, classes de neige, veilleuses au ras du sol, traversées de traversins, sommiers qui grincent, « pas-mal-et-toile-à-matelas », et les paddocks ponchaient, ponchaient… T’es d’ac ? Pas d’ac ? La niaque ? Pas la niaque ? Nique ? Pas nique ? Panique au paddock ! Pas dit qu’on n’y passe pas la nuit, qu’on n’y chasse pas l’ennui, qu’on n’y fasse pas monter le mercure, ton moulin va trop vite, va trop fort, attention au réchauffement va falloir refroidir nos ardeurs, Alaska for ever dans nos nuits tropicales !
Mes jeux m’égarent…
La saison des paddocks, donc. Et une chose sûre : quoi que je fasse dans ce lieu où je passe le plus clair de ma vie, au pieu, donc, aux cieux, toujours à un moment ou un autre me revient le sourire de la grande sœur de mon correspondant allemand, qui m’avait sensibilisé à sa langue, Olli, oui oui, et qui m’avait aussi appris comment dire : « je veux », « un peu », « beaucoup », « passionnément » et tant, tentants, d’autres mots,
Olli,
Qu’on ne dit bien
Qu’avec la peau.
Laurent Contamin
Centre Culturel Boris Vian, Les Ulis,
9 septembre 2011 




Texte de Bruno :


Tu me regardes
Je lévite
Tu me regardes même un instant
Seulement un tout petit instant
Et vite je lévite
Rien que pour toi.
Le fauteuil où je m’assois
Wouf !
A trois mètres dans les airs
Pas possible autrement
Pas je l’évite.
Tu fais ton cirque
Tu es là avec ta houle de novembre dans les hanches
Et voici la trompette d’Armstrong
« Love is funny or it’s sad
It’s a good thing or it’s bad
But beautiful… »
Tu me regardes
Tu chantes
Tu es là au diapason
Et moi je te dis Future
Pas de No Future
Que du Future.
Je tangue
Viens approche-toi
Que je te réchauffe la cartographie
Mon canard.
C’est juste une exposition
Pas une hypothèse
Pas une conclusion
Mon canard atomique
Une ouverture
Dans ce monde de tétines, de containers, de chacun devant son écran.
Tu me regardes
Je respire, je ne me sens pas obligé
Je rejette tout ça
Tous ces trucs à acheter
Tous ces trucs qu’on me dit qu’il faut que j’ai
Vite que j’ai
Pour que moi je dise : regarde je l’ai vite
Tous ces trucs qui saoulent en fait comme le vent.
Tu me regardes et tous ces trucs
Tentants pourtant tentants
Je les oublie.
Toi Juliette
Moi Roméo
Et juste la scène du balcon
« Mon tiercelet » tu dis
Oh regarde-moi ma jolie
Ai-je l’air d’un tiercelet ?
Hors du temps, tu me mets
Hors du temps, a dit madame la maire
Hors du temps comme orchidée sur l’affiche de saison
Mon printemps.
Tu me regardes encore et encore
Ça me découd le pantalon.
Combien de temps va durer ma mémoire ?
L’éternité quand je te regarde
L’éternité de ta voix
L’éternité du mouvement de ta main quand tu descends ta jupe
L’éternité de ta folie pas ordinaire.
Tu me regardes
Tu me dissèques
Je ne suis plus qu’un cœur hors de moi
Un cœur qui lévite à trois mètres en fauteuil
Un cœur qui bat à la verticale.
Et ça danse
Ça vole
Ça vague au-dessus de l’écume de tes cheveux.
Je te vois
Je pleure je soupire
Non je blague je n’ai pas le goût du tragique
Mais des fragments de désir que tes yeux un à un assemblent
Pour construire au final ta silhouette toute entière
Qui me chavire comme la houle de novembre.
Tu me boxes l’écosystème
Et j’aime
Si si j’aime.
Parfois l’amour n’est pas cartésien
Il tient du boucher
De la viande
De l’animal.
Tu connais par cœur tous les mécanismes de ton pouvoir sur moi
Et j’aime
Si si j’aime.
Tu me dézingues
Tu me rends dingue
C’est inuit inuit inuit
Et même pas froid
Au contraire je transpire
Peau contre peau
Photographie de ton corps sur le mien
Direct à même la pellicule de ton parfum.
Tu es ma poétique
Ma sauvage.
Regarde, pour toi je me mets sur une main
Et je tourne comme ça l’air de rien
Aérien.
Ne me pince pas
Je sais que je ne rêve pas
Je lévite encore et encore.


Les Ulis
09.09.2011






Texte de Luc :


C’est un salon de coiffure. Qu’est-ce que je fous là ? Tresses – Rajouts – Tissages- Extensions. Je n’ai rien à foutre là.
- Bonjour.
Voix fluette mais un brin autoritaire. Une petite fille se tient à mes côtés. Un bout de chou qui m’adresse la parole du haut de ses sept ans. Un visage lumineux et de grands yeux clairs. Pas du tout intimidée par le brouhaha qui règne dans ce salon elle me fixe comme si j’étais quelqu’un comme si j’avais encore des illusions des utopies comme si je pouvais encore changer le monde. Elle me regarde. Alors que nous avons au moins vingt kilos et vingt centimètres d’écart.
- Eh ben moi je vais à l’école.
D’accord. J’en suis ravi. J’ai la sensation étrange de la connaître depuis toujours. L’enfant me regarde et attend quelque chose de moi. Je me sens désarmé. Comment parler à cette enfant ? Où sont passés mes canards ?
- Comment elle s’appelait ta maîtresse ?
Aïe. Formulation d’une question centrale. Répondre. Il faut répondre. C’est un moment particulier. Je suis abordé par une petite fille enjouée il me faut des billes. Ou des poupées. Enfin quelque chose à dire quoi. Ma maîtresse. Je pense à mademoiselle Poubelle ma maîtresse du CP. Je l’aimais bien mademoiselle Poubelle. Pauvre mademoiselle Poubelle. A-t-elle souffert de son nom de famille ? Je ne sais pas. En tout cas je l’aimais bien et elle m’a appris à écrire.
- Mademoiselle Poubelle ! Mademoiselle Poubelle ! s’exclame l’enfant.
- Mais c’est vrai je t’assure ma maîtresse d’école s’appelait mademoiselle Poubelle.
Elle rit puis se fige comme si on lui avait mis une casquette de philosophe sur la tête elle se fige et tout à trac :
- Oh mais dis donc t’as plus de cheveux toi !
Je la hais. Je vais lui tomber dessus. Moi et mon cheveu on va la tabasser on va la frapper avec ce qui nous tombe sous la main décor classique et contemporain allez regarde-moi ma jolie viens dans mes bras ma jolie viens voir mon pantalon est décousu…
- Eh vous là qu’est-ce que vous faites ?
Ça me frappe dans le dos. Qu’est-ce que c’est ? La mère de l’enfant ? La patronne du salon ? La troupe de Hair au grand complet ? Trois clientes me foncent dessus. Elles sont pleines de tresses de rajouts de tissages d’extensions. C’est baroque mais contemporain. L’horreur. Pourquoi je retiens ces détails ?
- C’est l’histoire d’un désir me dit l’une d’elle. Les corps parlent. Mets ton cheveu dans ta poche mon garçon on va s’occuper de toi.
Là-dessus elle prend un air de boucher cartésien et fait les présentations :
- Brigitte –spécialiste du ver. Alexandra. Marie-Louise. Malheureusement y’a pas Hélène Hoffmann elle est restée au Vietnam. Mais c’est pas grave à nous trois on a au moins cinquante doigts. Allez viens !
- Attends Brigitte. C’est quoi ce truc là ? demande Alexandra en me toisant de haut en bas.
- C’est un ours répond Brigitte tout en me caressant le crâne.
- Fais gaffe. Tu vois pas qu’il peut avoir des puces ?
- Il porte pas de soutien-gorge dit Marie-Louise.
Je m’apprête à hurler lorsque je reprends mes esprits. Pas d’enfant à mes côtés. Ni de clientes tressées autour de moi. Mais Natacha Insa Laurent Bruno. Tout est sous contrôle. On est suspendu à trois mètres du sol dans un théâtre élégamment placé sous le signe de l’orchidée. On écrit.
- Allez boy. Lâche prise dit Laurent. Laisse entrer le soleil. C’est la saison des amours !


Luc Tartar
09 septembre 2011

Ouverture de saison du Théâtre des Ulis


vendredi 22 avril 2011

Les Mardis du Théâtre contemporain, saison 2 !

Delphine Lalizout, de la compagnie Demain on Déménage, et L'Esperlu&te reproposent une formation de 36 heures, du 5 mai au 9 juin 2011 autour des pièces du G5.

Tous les renseignements (contenu, dates, horaires, lieu, contact...) se trouvent en cliquant ici.
+ d'infos sur le G5 : cliquer ici